Le mouvement citoyen FILIMBI/Tshopo a levé le voile, ce jeudi, sur une série de pratiques douteuses qui gangrènent la gestion du Fonds de réparation et d’indemnisation des victimes des activités illicites de l’Ouganda en République démocratique du Congo (FRIVAO). Réunis au siège de l’AJDDH, les membres de ce collectif ont présenté un rapport explosif de 28 pages, fruit de trois mois d’enquêtes et d’analyses documentaires.
Selon FILIMBI, la mission première du FRIVAO « indemniser les victimes du Genocost perpétré à Kisangani » a été pervertie par des dérives gravissimes. Le rapport cite notamment l’attribution irrégulière d’un marché de gré à gré à la société DIVO INTERNATIONAL SARL pour la production d’un documentaire. Ce contrat, conclu sans appel d’offres, constitue une violation manifeste des règles de passation des marchés publics.
La mauvaise gestion financière est également pointée du doigt. Sur les 850.000 dollars alloués au fonctionnement administratif du FRIVAO pour le premier semestre 2025, la totalité aurait été dépensée en seulement trois mois. Les enquêteurs dénoncent des charges jugées abusives, notamment des rémunérations qualifiées d’« excessives » pour certains responsables du fonds.
Plus inquiétant encore, le rapport fait état d’une manipulation des comptes bancaires. Des transferts injustifiés auraient été opérés du compte destiné aux victimes vers un compte de fonctionnement administratif, sans aucune base légale dans la loi de finances 2025. Ce mouvement de fonds, présenté comme temporaire, a selon FILIMBI facilité l’usage impropre des ressources destinées aux bénéficiaires.
Le document épingle également un système d’indemnisation frauduleuse. Des personnes non concernées par les exactions de l’armée ougandaise auraient été intégrées à la liste officielle des victimes, contre des rétrocommissions versées à certains agents du FRIVAO et à des proches de l’ancien ministre de la Justice, M. Mutamba. Ces procédés, toujours d’après FILIMBI, ont privé de nombreux véritables rescapés de la reconnaissance et du soutien qui leur étaient promis.

Enfin, les enquêteurs dénoncent la délivrance d’une dérogation exceptionnelle par l’Inspection Générale des Finances (IGF), validée par l’ex-ministre de la Justice, autorisant l’usage des fonds pour le fonctionnement administratif en l’absence d’allocations prévues au budget national.
Des recommandations
Face à ces révélations, FILIMBI formule plusieurs recommandations.
- À l’Assemblée nationale, il demande l’audition publique du ministre de la Justice et l’ouverture d’une enquête parlementaire.
- Au gouvernement, il réclame le gel immédiat des fonds du FRIVAO si les irrégularités sont confirmées, la récupération des sommes détournées et le renforcement des mécanismes de contrôle interne.
- À l’IGF, le mouvement exige un audit exhaustif, la publication intégrale des contrats publics signés et l’instauration d’un système strict de contrôle budgétaire supervisé par des organes indépendants.
« Ce rapport révèle un système organisé de favoritisme, de corruption et de détournement de fonds. Cela compromet gravement le processus de réparation des victimes du Genocost », a martelé un porte-parole de FILIMBI.
Le document a été officiellement transmis à plusieurs institutions, dont le cabinet du gouverneur, l’Assemblée provinciale, le parquet général, l’Assemblée nationale, la Primature et la Présidence de la République. Seul le bureau du FRIVAO n’a pu recevoir une copie du rapport, celui-ci étant fermé au moment du dépôt.
FILIMBI appelle les autorités à une action urgente, transparente et exemplaire, afin de restaurer la confiance et rendre justice aux victimes.

